Communiqué – Juin 2020

Communiqué – Juin 2020

Bonjour tout le monde,

Notre association a du mettre en pause ses activités pour plusieurs mois durant du fait de cette période compliquée pour beaucoup. Le risque sanitaire étant prioritaire, nous ne pourrons pas ouvrir de nouvelles permanences avant le mois de Septembre.

Aussi, ce communiqué pour vous informer que la Pride 2020 n’aura pas lieu ce mois-ci. Nous tenterons toutefois de l’organiser pour Septembre, si cela s’avère réalisable.

Au mois de Mars dernier, se tenait la première Assemblée Générale de l’association. Cela fut l’occasion pour nous de tirer le bilan de l’année passée, et de mieux déterminer vers où nous voulons aller, comment et pourquoi. Et nous devons l’admettre, une bonne partie de l’équipe n’a pas voulu rempiler pour une nouvelle année associative.

Cela entraine quelques changements :

  • Recentrer le discours autour des personnes trans et intersexes. Pendant trop longtemps on leur (nous) a demandé de rester de côté, de faire de la place pour les L, les G ou les B. Nous voulons nous recentrer sur tout ce qui concerne la cisnormativité¹, la lutte contre la transphobie et l’intersexophobie², la lutte contre la main-mise hospitalière et mettre un terme aux violences charnelles, corporelles, mentales.
  • Lutte contre la psychophobie³ et le validisme⁴. Trop longtemps on refusait d’adjoindre une lutte contre tout ceci, du fait notamment de la volonté (légitime) de se détacher de la psychiatrisation (rappel que l’homosexualité n’est plus considérée comme maladie mentale depuis le 17 Mai 1990, et que la transidentité n’en est plus une depuis Février 2010). Or, nous ne croyons pas qu’il faille s’écarter de la lutte contre le validisme et la psychophobie. D’une part pour les personnes handicapées, neuroatypiques et psychoatypiques⁵ qui sont LGBTI+, et d’autre part car la psychiatrisation (notamment) revêt du même arbitraire que celui d’une époque encore proche consistant à désigner les personnes trans comme atteintes de pathologie mentale. Aussi, nous n’adhérerons pas aux discours institutionnels et conventionnels qui répondent du dominant-porn et de l’inspirationning⁶.
    Par ailleurs, encore trop d’associations LGBTI+ ne font pas l’effort de l’accessibilité. Avoir des lieux carrossables par fauteuil roulant, proposer des évènements où les projections sont sous-titrées en français, se rendre disponible pour une ou des personnes ayant des difficultés à sociabiliser, à échanger, tout en ne la forçant pas non-plus. Cela passe aussi par ne pas faire d’évènements où de l’alcool est proposé (l’alcoolisme est une maladie, que l’on rencontre plus facilement en milieux LGBTI+, et chez les personnes handi, NA/PA).
  • Sur un plan plus concret, la fin des soirées « ciné-débat », qui n’apportent rien de spécifique, nécessitent trop de travail et d’investissement pour encore trop peu de retours.

D’une façon générale, nous clarifions notre positionnement en refusant l’universalisme⁷ comme modèle de pensée, d’action et de réflexion. Nous inscrivons nos luttes dans un cadre collectif, avec une analyse collective des rapports sociaux, en ayant bien conscience que la marginalisation de certaines classes de population se fait au bénéfice d’autres classes de population. Ainsi, nous ne pouvons accepter les fausses équivalences.

Enfin, il conviendrai de rappeler que notre milieu associatif est frappé d’une blanchité aveuglante, et que -sous couvert de lutte contre l’homophobie et la transphobie- on y trouve beaucoup d’islamophobie et de racisme. Donc rappel nécessaire : les personnes LGBTI+ et ou NA/PA racisées existent. Et que celles-ci sont à l’intersection du racisme, de l’homophobie, de la transphobie, du validisme, de la psychophobie. Par conséquent, la lutte antiraciste n’est pas négociable, elle est indispensable.

Sur ces mots, nous vous souhaitons un mois des Fiertés LGBTI+ magnifique, fier, et militant.

Périg’Hors Normes

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¹ La cisnormativité est le fait de considérer que les hommes et les femmes doivent répondre à tels critères physiques et biologiques. Ex : une femme a forcément des seins bien développés.
² L’intersexophobie est une oppression spécifique concernant les personnes intersexe, qui revêt des caractères cissexistes et cisnormatifs, allant des simples moqueries aux mutilations génitales réalisées avec l’appui du milieu médical.
³ La psychophobie est l’ensemble des violences faites à l’égard des personnes déviant des normes mentales et psychiatriques en vigueur (normes dictées par le milieu psychiatrique notamment). Cela passe de l’insulte («débile/attardé’e/dégénéré’e/psychopathe, etc.») à de la mise en danger, de l’exclusion, de l’isolement, et des maltraitances, que l’on retrouve notamment en milieu hospitalier.
⁴ Le validisme est le fait de concevoir et pensée la société comme faite pour les valides. Les personnes handicapées devant soit s’y adapter, soit disparaître. Le fait de construire un logement sans penser à de l’accès PMR, c’est du validisme. Le fait de ne pas sous-titrer une vidéo, c’est du validisme.
⁵ Psycho/neuro-atypique. Si dit des personnes n’entrant pas dans les normes psychologiques et neurologiques. Cela peut concerner les personnes en situation de dépression, les personnes anxieuses mais également les personnes autistes, bipolaires, schizophrènes, etc.
⁶ Dominant-porn : Forcer sur la souffrance, et la difficulté du quotidien des personnes ciblées (ici handi&personnes NA/PA), la mettre en lumière, l’amplifier pour se rassurer dans sa position de personnes en situation de domination, de privilèges.
Inspirationning : Faire des personnes handi/NA/PA des leçons de vie. Par ex : «Voyez ce nageur qui a perdu ses deux bras, et qui pourtant à remporté les Jeux Paralympiques !». L’inspirationning est l’ultime forme de violence visant à faire le tri chez les personnes handi/NA/PA, celles qui sont utiles à la société (donc solubles dans le capitalisme) et celles qui sont juste inutiles (donc ne rapportant pas de valeur capitaliste).
⁷ Universalisme (républicain). Idéal politique qui considère que tout le monde est égal devant la République, et qu’il n’existe pas d’autre forme de communauté que celle de la République. Aussi, cette doctrine ne reconnaîtra jamais les oppressions comme étant de nature systémiques et institutionnelles. A ce titre, et dans ce cadre, il est tout à fait possible pour un blanc d’être victime de racisme et de misandrie, un hétéro peut être victime d’hétérophobie, un chrétien, de christiannophobie.

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